Feuille d’information du 17 au 23 mai 2026
Il y eut un temps avant la Pentecôte
La première lecture nous donne à voir ce dimanche les douze apôtres, « avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères », tous réunis dans « la chambre haute où ils se tenaient habituellement » (Ac 1,14). Nous sommes dans la première assemblée, aux origines de l’Église. Leur réunion est la mise en application de la parole de Jésus : « il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père » (1,4). Dans ce moment originel de la communauté chrétienne s’y lit comme son ADN, que trois mots semblent pouvoir exprimer.
Obéissance : l’histoire de l’Église s’écrit dans l’obéissance à la parole de Jésus, comme en contrepoint de la désobéissance originel. Cette parole est porteuse d’une promesse, le don de l’Esprit Saint, c’est-à-dire de la création nouvelle, promesse référée au Père. L’Église vit encore aujourd’hui dans l’obéissance à la parole du Christ, en particulier lorsqu’elle célèbre les sacrements, à travers laquelle s’accomplit la volonté du Père. Déjà cette obéissance manifeste que l’Esprit est à l’œuvre.
Prière. La seconde réalité que nous pouvons identifier est cette unanimité dans la prière : «persistant d’un même cœur dans la prière ». L’expression, qui traduit une insistance, indique comment l’unanimité des disciples intervient dans la prière. Nous découvrons la prière comme l’activité première de l’Église : c’est elle qui unit les cœurs. Aujourd’hui encore la liturgie, et par excellence la messe dominicale, est l’œuvre première qui rassemble l’Église : culte offert à Dieu et sanctification des hommes. L’Église est d’abord priante : par la vie de prière de chacun de ses membres, par les célébrations liturgiques, mais aussi chaque fois que deux ou trois sont réunis au nom du Christ.
Attente : cette prière exprime une attente. Obéir aux paroles du Christ, c’est reconnaître que celui-ci a les paroles de la vie éternelle, que ses paroles sont véridiques, qu’elles sont porteuses d’une réalité divine. « « Nous avons l’espérance de la vie éternelle, promise depuis toujours par Dieu qui ne ment pas. Aux temps fixés, il a manifesté sa parole dans la proclamation de l’Évangile » (Tt 1,3). Ainsi cette première assemblée ecclésiale vit-elle dans l’attente de recevoir la force promise par le Christ, « l’Esprit Saint ». « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8) Ces jours qui nous séparent de la Pentecôte, après l’Ascension du Seigneur, nous replonge aux sources de la vie de l’Église : garder les paroles du Christ, persévérer dans la prière, attendre de Dieu le don ineffable, son propre Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle. Le propre de l’Église, c’est de ne pas vivre à partir d’elle-même, mais de recevoir toute chose du Sauveur. Le monde du 21e siècle est celui de l’autonomie : grâce à la technologie et à la consommation de masse, nous sommes capables de nous donner de plus en plus de chose à nous-mêmes : notre chemin (vive google maps), notre science (tant de savoir accessible en un clic), notre plaisir (chouchou de la société de consommation), notre éthique (voilà ce qui est bon pour moi), etc. Bientôt nous pourrons nous passer des autres, des robots se chargeront de satisfaire nos besoins en tout genre. Le pape Léon déclarait récemment aux étudiants de Yaoudé : « Dans les environnements numériques, structurés pour persuader, l’interaction est optimisée au point de rendre la rencontre réelle superflue. L’altérité des personnes en chair et en os est neutralisée et la relation réduite à une réponse fonctionnelle. Chers amis, vous, en revanche, vous êtes des personnes réelles ! La création elle-même a un corps, un souffle, une vie qui doit être écoutée et à préservée. « Elle gémit et souffre » (cf. Rm 8, 22) comme chacun de nous. » (17 avril 2026)
Obéissance, prière, attente : l’obligation dominicale reflète la matrice de la vie ecclésiale, d’où vient l’Église, comment reste-t-elle Église du Seigneur. La prière de l’Église en ces jours nous rappelle que la Pentecôte n’est pas un événement d’il y a 2000 ans qui aurait inauguré l’Église, en la mettant sur les rails, mais bien plutôt la vie permanente de l’Église. L’Esprit Saint est celui qui renouvelle continuellement l’Église et la vie chrétienne, pour que cette nouveauté soit toujours proposée au
monde : « vous serez mes témoins ! ». Alors ensemble prions :
« Viens Esprit Saint et emplis nos cœurs de ton amour ! ».
P. Louis Thiers
