Feuille d’information du 8 au 14 février 2026

Feuille d’information du 8 au 14 février 2026

En lutte ! Avec quelles forces et quel but ?

On connaît la journée mondiale de lutte contre le cancer, la journée mondiale de lutte contre le paludisme, contre le sida,… Toutes ces journées ont un objectif louable : sensibiliser à une cause, soutenir les progrès médicaux vis-à-vis d’une problématique de santé. Pourtant, voilà que l’Église nous propose une journée non pas de lutte contre la maladie, mais une journée mondiale du malade, célébrée chaque année le 11 février, jour de la mémoire de Notre-Dame de Lourdes. En mettant l’accent sur le malade plutôt que la maladie, l’Église met la personne au centre du jeu : la maladie n’est pas réductible à une problématique médicale, mais elle est une problématique humaine, dont certains d’entre nous connaissent trop bien les enjeux.

Dans son message donné à l’occasion de cette journée, le Pape Léon reprend la figure du bon samaritain, mis en lumière par le Pape François dans son encyclique Fratelli Tutti : dans cette parabole, « Jésus n’enseigne pas qui est le prochain, mais comment devenir le prochain, c’est-à-dire comment nous rendre proches. (…) En effet, personne n’est le prochain d’un autre tant qu’il ne s’en approche pas volontairement. » Je me fais le prochain de celui dont je m’approche. Un peu plus loin, il rappelle que cette proximité appelle un « nous » qui dans la parabole est marqué par la mission confiée à l’aubergiste. Nous connaissons l’importance de l’entourage pour un malade : la bienveillance des personnels soignants, des parents qui se rendent présents, les aidants qui se dépensent pour leur proche dans l’épreuve. A contrario, le malade juge une société dans sa capacité à accompagner, à prendre soin, à s’arrêter dans sa culture du résultat et de l’immédiateté pour prendre le temps, à développer d’autres ressources que simplement la prise en charge technique. Le malade devient de facto une pierre de touche de la fraternité.

Que veut dire s’approcher de la personne vulnérable ? « Être prochain ne dépend pas de la proximité physique ou sociale, mais de la décision d’aimer » nous dit Léon. C’est le critère de la vérité qui nous aide à savoir ce que veut dire aimer. Vérité de l’intention, vérité du geste, vérité des circonstances. Notre société s’interroge actuellement sur comment accompagner celui qui va vers une mort inéluctable (en réalité, le projet de loi actuel est bien plus large puisqu’il inclut les personnes ayant « une souffrance psychologique jugée insupportable »). « Je sais que quand je serai en train de mourir vous serez là pour me tenir par la main » disait un mourant à Mère Theresa. Le décalogue nous rappelle s’il en est besoin que la main qui aime ne peut pas être en même temps la main qui donne la mort (Ex 20,13).

Le prophète Isaïe esquisse déjà cette loi évangélique : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » (Is 58,7-9). Quand les forces morales individuelles ou sociales sont exténuées, la loi de l’amour don de soi devient plus que jamais lumineuse. « C’est pourquoi le chrétien devient le prochain de celui qui souffre, suivant l’exemple du Christ, le véritable Samaritain divin qui s’est approché de l’humanité blessée. » (Léon, ibid). L’évangile du jour nous rappelle plus généralement la responsabilité du chrétien pour le monde : être sel de la terre, être lumière qui brille. Être feu et sel seulement dans la mesure où l’on appartient à un Corps dont la Tête a compassion pour tous, et offre sa vie pour tous. Seulement dans la mesure où nous goûtons à la Sagesse divine et où nous brûlons au feu divin. Les malades nous précèdent parfois étonnamment sur ce chemin…

Père Louis THIERS

 

Photo : borne milliaire de la Via Maris, à Capharnaüm