Dimanche 19 mai 2024 Feuille d’informations et Edito

Feuille d’informations – du 19 au 25 mai 2024

Sobre ivresse !

 

Ce jour de la Pentecôte à Jérusalem, 50 jours après la Résurrection de Jésus, a marqué la naissance de l’Eglise. Les douze Apôtres se trouvent réunis dans le Cénacle, au lieu même où Jésus a institué l’eucharistie et où dans son grand discours après la Cène, il a annoncé l’effusion de l’Esprit Saint. C’est là qu’ils reçoivent ce même Esprit qui les unit à leur Seigneur et en fait les instruments de sa mission dans le monde.

Ils auront la mission de transmettre le don de l’Esprit Saint à tous ceux qui accueilleront l’Evangile, par les sacrements. Tous les chrétiens ont reçu par le baptême et la confirmation l’Esprit Saint qui en fait des « christs » : le nom « chrétien » vient du mot grec christos, « celui qui a reçu l’onction de l’Esprit Saint ».

Saint Luc rapporte qu’« un bruit survint du ciel, comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière ». L’Esprit Saint donne la vie (cf. le Credo de Nicée Constantinople), c’est ce qui caractérise son action, et il la donne en plénitude (cf. Jn 3,34). Il « remplit » la maison : c’est la figure de l’Eglise, qui est comparable à une vaste maison accueillante à tous ceux qui par la foi veulent en franchir la porte. Toute l’Eglise est animée par l’Esprit Saint. On peut dire que là où est l’Eglise, là est l’Esprit Saint. Si l’Eglise n’était pas emplie de l’Esprit Saint, animée par lui, elle serait une organisation humaine, utile certes, mais qui aurait disparu il y a bien longtemps. L’Esprit donateur de vie communique la vie du Christ ressuscité au monde par la médiation de l’Eglise.

Mais saint Luc rapporte aussi qu’« apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint ». Là aussi, il s’agit d’être « rempli » de Celui qui donne la vie. Chacun reçoit pour lui-même ce don inouï de l’Esprit Saint, le souffle (c’est la signification du mot Esprit en hébreu, en grec en latin) dans lequel sont unis le Père et l’Esprit. Comme nous l’avons souligné, la caractéristique du chrétien est d’être un « oint », celui qui vit de l’Esprit Saint.

Saint Luc exprime là quelque chose d’essentiel pour comprendre notre vie chrétienne. Il nous dit que chacun est unique aux yeux de Dieu, et que c’est personnellement que nous recevons dès ici-bas la vie divine. Ainsi, c’est toujours individuellement que l’on reçoit les sacrements : le baptême, la confirmation, la confession…. Et cependant, ce don qui nous est fait personnellement ne nous isole pas, il ne nous autorise pas à nous fabriquer une religion personnelle ou une spiritualité individuelle. Au contraire il nous agrège à un corps, le Corps du Christ, dont nous devenons les membres, il nous relie les uns aux autres dans l’amour fraternel, il nous fait entrer dans une « communion ». L’Esprit Saint emplit « chacun », et il emplit aussi « la maison ».

Mentionnons, pour terminer, le troisième emploi du verbe « emplir » dans le récit de saint Luc. Aussitôt après avoir reçu l’Esprit Saint, les Apôtres, transportés de joie, sortent du Cénacle et se mettent à prêcher. C’est la première évangélisation de rue ! Et devant cet événement soudain et inattendu, leurs auditeurs se disent : « ils sont remplis de vin doux ! ». Saint Pierre les rassure : non, ils ne sont pas ivres, d’ailleurs, c’est encore le matin. Mais il ne peut cacher qu’il y a quand même en eux une certaine ivresse, celle que l’Esprit Saint et vivifiant leur apporte en leur communiquant la vie du Christ ressuscité. « Sobre ivresse » dira saint Ambroise. Sobre ivresse de la joie chrétienne, ivresse que procure la connaissance de Jésus ressuscité et notre union à Lui, malgré nos propres misères et les misères de ce monde. Le salut est offert au monde, et déjà nous pouvons goûter la joie de la vie éternelle. L’Eglise en est l’instrument, et chacun de nous, en vivant de l’Esprit Saint, en est le serviteur.

Père Henri de l’Eprevier