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C’est vers la fin de la restauration, alors que le futur
quartier appartient encore à la commune de Gentilly, qu’on
relève la présence d’une chapelle, route de Fontainebleau
(aujourd’hui avenue d’Italie) non loin de la barrière d’Italie
(maintenant place d’Italie), vers l’emplacement actuel du centre
Galaxie. Marcel Lecoq, qui a beaucoup étudié l’histoire du
quartier, signale qu’elle avait été bâtie sous le vocable de
Saint-Marcel de la Maison Blanche et qu’elle avait été érigée
en paroisse en 1847. Elle était desservie par un prêtre de la
paroisse de Gentilly dont elle dépendait.
C’était un petit édifice construit en bois et qui très
rapidement s’était révélé insuffisant. La construction d’un
édifice plus important et correspondant mieux aux besoins du
quartier fut envisagée avant même les événements de 1848. Mais
ceux-ci précipitèrent les choses…
LA CHAPELLE BREA

Le 25 juin 1848, le générai Bréa, en essayant de
parlementer avec les insurgés qui tenaient encore la barrière de
Fontainebleau, fut fait prisonnier conduit au Grand Salon, une
guinguette qui se trouvait non loin de là, à l’emplacement de
l’actuel 76 avenue d’Italie (immeuble EDF-GDF). il y sera
sauvagement assassiné.
C’est à la fois pour répondre à la nécessité de construire
une chapelle plus grande et de perpétuer le souvenir de la mort
du général Bréa, qu’il sera décidé de construire sur
l’emplacement même du Grand Salon, une église qui reprendra le
vocable de Saint-Marcel de la Maison Blanche mals qui étant
considérée comme chapelle expiatoire, portera aussi le nom de
chapelle Bréa.
La famille Bréa fait l’acquisition du terrain et une
souscription permet l’aménagement d’une petite construction en
bois, plâtre et moellons qui offre 350 places aux 7000 habitants
du quartier
Lors d’une visite en 1865, le baron Haussman songe à doter
le quartier d’une église monumentale comme il l’a fait pour
Ménilmontant. Il avait été envisagé de la construire au sommet
de la Butte-aux-Cailles, mais la chute du second Empire
anéantira le projet (seul le terrain aura été acheté avant
1870).
Le 25 Avril 1871, le quartier connait encore un épisode
sanglant avec le massacre des Dominicains d’Arcueil survenu
avenue d’Italie: le père Captier et onze de ses compagnons,
suspectés de connivence avec Versailles, sont abattus par les
insurgés, alors attaqués sur trois fronts. Un petit monument en
marbre représentant le père Captier mourant et prononçant ses
dernières paroles: "Allons, mes amis, pour le bon Dieu!", fut
placé dans la chapelle et transporté plus tard dans l’église
Sainte-Anne.
C’est parce qu’il s’agit d’une chapelle expiatoire que le
gouvernement insurrectionnel de la Commune de Paris décrète sa
démolition le 27 avril 1871, considérant "..que la chapelle Bréa
était une insulte pour les victimes de juin 1848...
Rien ne devait
être reconstruit sur son emplacement, qui devait porter le nom
de place de juin". Cette décision restera lettre morte, hormis
une vente aux enchères du mobilier, qui se déroula à l’intérieur
de la chapelle le dimanche 21 mai, au moment même où les
Versaillais pénétraient dans Paris par la porte du Point-duJour.
La vente rapporte 1450 Frs et la liste des acquéreurs fut
abandonnée sur une table et récupérée quatre jours plus tard par
les forces de l’ordre.
Pendant ce temps, le quartier change et le percement de la
rue de Tolbiac, entrepris en 1865, ne sera terminé qu’une
vingtaine d’années plus tard, après le comblement de la vallée
de la Bièvre. Pendant plusieurs années, la rue de Tolbiac
franchira l’espace compris entre l’avenue d’Italie et la rue de
la Glacière sur un remblai atteignant parfois 15 mètres de haut
ce qui le fit appeler le "pont de Tolbiac".
UNE NOUVELLE EGLISE

Les terrains étant nombreux et bon marché, la population
augmente rapidement. Le quartier compte 30.000 habitants en 1887
quand l’abbé Miramont devient curé de la paroisse Bréa-Saint
Marcel, dont la chapelle doit suffire avec ses 350 places:
"[...] les convois attendaient par cinq
ou six à la porte la sortie de bénédiction d’un ou deux mariages
à la messe des écoles (le dimanche de 8 à 9 h) on retirait les chaises et
les enfants s’asseyaient partout, y compris dans les stalles et
dans le chœur[...]"
Pour l’année 1892, la paroisse célébra
741 convois (la
plupart gratuits), 251 mariages, 958 baptêmes, 1284 enfants
suivirent le catéchisme et 800 jeunes fréquentèrent les cinq
patronages.
L’Abbé Miramont pouvait à juste titre écrire à cette
époque: "Comment dans de telles conditions travailler à
l’éducation chrétienne de la paroisse?" Et comment penser même à
bâtir une nouvelle église dans un quartier qui ne contenait
guère que des pauvres et le conseil de fabrique pouvant à peine
nourrir ses prêtres et suffire aux besoins les plus essentiels
du cuite?
C’est alors que deux paroissiens, Mr et Mme Jules Nolleval,
lui offrent une partie de la fortune, qu’ils viennent d’hériter
de leur père, pour l’achat d’un terrain et la construction d’une
église, à la seule condition qu’elle soit consacrée à Sainte
Anne. L’abbé Pelgé, vicaire général, choisit un terrain situé au
centre de la paroisse au croisement des rues de Tolbiac et
Bobillot qui viennent à peine d’être tracées et dans une zone
encore non bâtie.
C’est le 2 février 1892 que Mr Nolleval acheta pour 140.000
Frs le terrain de 2766 m2 et le céda par acte notarié à la
fabrique de Saint-Marcel de la Maison Blanche avec obligation
stipulée de construire une église en l’honneur de Sainte Anne (à
qui une partie de la paroisse, le quartier de la Glacière, était
consacrée depuis des siècles).
Cependant le terrain acheté, l’abbé Miramont s’interroge
encore sur l’opportunité de la construction, il va écrire aux
communautés de France (plus de 700 à cette époque) pour obtenir
une aide spirituelle afin de prendre sa décision. Mgr Richard
établit une confrérie de Sainte Anne le 25 octobre 1892 et la
communauté des sœurs adoratrices de la rue d’Ulm offre à l’abbé
Miramont une relique de Sainte-Anne avec son reliquaire
gothique.
DES DEBUTS DIFFICILES

L’architecte Mr Bobin va proposer divers projets et celui
qui sera retenu correspond à un devis de 700.000 Frs. Le projet
prévoit une église de style roman-byzantin, de 56 mètres de long
sur 31 mètres de large et 34 mètres au transept, avec une façade
monumentale flanquée de deux tours, une coupole surmontant le
chœur et construite sur une crypte de 7 mètres de haut.
La famille Nolleval contribue à nouveau de 140.000
Frs
et les dons affluent de partout. Toutes ces offrandes seront
placées en obligations de l’Etat ou des chemins de fer en
attendant la réalisation future.
La paroisse ne possédant pas la somme globale pour la
construction en un seul jet, deux années passeront en
difficultés administratives pour avoir les autorisations du
Conseil d’Etat et du ministère des cultes pour l’édification de
la nef centrale seule pour une somme de 325.000 Frs.
Et le samedi 26 mai 1894 a lieu, enfin, la bénédiction de
la première pierre par Mgr Richard en présence de l’abbé
Miramont, de l’architecte Bobin et de nombreux bienfaiteurs. Le
même jour, devant cette première pierre, seront bénies les
fiançailles de Mademoiselle Rouxel, nièce de monsieur Nolleval,
avec le comte de Rochambeau.
Il était prévu de ne construire tout d’abord que la nef
centrale avec ses bas-côtés et ses chapelles latérales. Mais la
nécessité de bien asseoir les bases de l’édifice conduit à
construire toutes les fondations, ce qui permettait d’utiliser
la crypte immédiatement.
Le premier coup de pioche sera donné le 12 août 1894. La
construction va commencer mais au début les difficultés sont
importantes: la rue de Tolbiac étant construite sur du remblai,
il va falloir descendre profond pour trouver une assise
suffisamment solide pour soutenir la totalité de l’édifice.
Soixante et onze puits seront nécessaires, s’enfonçant de 16
mètres rue Martin Bernard et jusqu’à 21 mètres côté rue de
Tolbiac, ce qui représentera 2.000 m3 de béton et huit fois plus
de meulières pour les fondations; les 8 piliers destinés à
soutenir les tours seront coulés avec 170 m3 de béton.
Heureusement les dons continuent d’affluer, des plus
importants aux plus modestes. L’abbé Miramont en raconte
certains de manière très émouvante: "Une pauvre vieille, me
fait demander et me remet avant de mourir 1000 Frs dont Je
n’en aurais plus besoin maintenant dit-elle." Ou encore :
"Une de mes bonnes vieilles que Je secourais chaque dimanche d’un
bon de pain, rapporta pendant deux ans ses douze bons de pain
toutes les douze semaines; elle se privait de tabac à priser !"
Par reconnaissance et par souci des bienfaiteurs, Mr
Miramont dépose 2.500 Frs à l’archevêché pour la fondation d’une
messe mensuelle à perpétuité à leur intention.
Et le 25 avril 1896 Mgr Richard peut enfin bénir les murs
de l’église et consacrer la crypte. L’église n’avait ni chœur,
ni portail et le carême fut prêché au milieu des échafaudages.
Pour la fête de Sainte-Anne, le 26 juillet, 1500 pèlerins purent
prendre place dans l’église.
Cependant l’œuvre était loin d’être achevée. Les ressources
ne permettaient plus d’avancer. L’abbé Miramont qui était devenu
chanoine honoraire de Notre-Dame le 15 février 1897 déclarait
cependant avec ténacité: "Je mourrai à la tâche ou j’en viendrai
à bout avec l’aide de Dieu!"
LA
FACADE CHOCOLAT

Les contreforts en bois de la façade à venir resteront en
place deux ans, jusqu’en juillet 1898, où l’aide de Dieu se
manifesta quand la famille Lombart, des commerçants fortunés
propriétaires de la chocolaterie de l’avenue de Choisy, vint
offrir 320.000 Frs pour faire édifier le portail et les tours.
Le prix du seul échafaudage de la façade se montera à
29.000
Frs. Les donateurs désirent en effet: "qu’à l’occasion de
l’Exposition Universelle de 1900, la construction ressemble
enfin à une église". A la suite de quoi, pendant longtemps dans
le quartier, le portail sera surnommé "la façade chocolat"
Une fois terminé, le portail s’élèvera à 25 mètres et il
sera surmonté à 32 mètres d’une puissante statue de Sainte-Anne
due au sculpteur Roberton (elle fut offerte par une souscription
de 500 Frs.)
Les deux tours symétriques culminèrent à 55 mètres, elles
furent appelées Honorine et Jules, du nom de leurs donateurs Mr
et Me Lombart.
Sainte-Anne domine ainsi
et veille sur sa paroisse.
Simultanément à la construction des tours, on entreprend de
couler les cloches de Sainte-Anne. Le travail fut confié à la
maison Bouée du Mans. Les cloches sonnent les trois notes: do,
ré, mi. Leur baptême eut lieu le 2 avril 1900. L’événement est
ainsi rapporté dans la semaine religieuse du 7 avril 1900:
C’est Mgr Jourdan de la Passardière qui officia. Après
avoir béni les tours au bas de l’église, il se transporta dans
le sanctuaire pour accomplir les rites liturgiques de la
bénédiction des cloches, il les aspergea d’eau bénite, les fait
tinter l’une après l’autre et leur donna les noms de Lucile,
Françoise-Honorine et Jeanne-Marie, prénoms de leurs marraines:
Me Nolleval, Me Lombart et La comtesse Foucher de Careil, qui, à
leur tour, firent "parler" leurs filleules.
L’abbé Miramont reçoit en septembre 1900, en cadeau de
l’évêque d’Avignon, des reliques de Sainte-Anne, en provenance
de l’église Sainte-Anne d’Apt. La comtesse de Careil offrira le
reliquaire.
Il reste à construire le chœur et le dôme qui le surmonte,
mais ils resteront en attente plus de dix ans!
LES ENNUIS CONTINUENT

C’est que la paroisse et l’abbé Miramont vont connaître des
années noires comme partout en France. Les années qui précèdent
et suivent la rupture du Concordat, qui signe la
"séparation de "’Eglise et de l’Etat" (1er janvier 1905), sont marquées par
les fermetures d’écoles catholiques, la vente des biens
d’église, la disparition ou le déplacement des communautés et la
suppression du budget des cultes, anéantissant la presque
totalité des ressources des paroisses.
Avec la suppression des donations concordataires (salaire
de 900 Frs par prêtre par exemple) et surtout de la concession
aux fabriques du monopole des pompes funèbres (qui en échange
devaient assurer gratuitement les convois des pauvres, soit un
budget de 300.000 Frs pour Paris) ne demeurent comme revenus des
paroisses que le denier du culte, les dons et les recettes des
diverses fêtes de charité.
Si l’on se réfère aux chiffres de 1907, alors que la
paroisse comptait 50.000 habitants, le denier du culte
rapportera 4.800 Frs seulement. Sur les 34.000 Frs de revenus
qui constituaient le budget de l’ancienne fabrique de
Sainte-Anne avant 1905 et qui était un véritable budget de
misère que gérait au mieux le conseil de fabrique. Il ne reste
plus que 12.000 Fr pour entretenir les 7 prêtres et les 5 laïcs
appointés, veiller à l’entretien de l’église et faire face aux
demandes de secours fort nombreuses, le 13ième étant un des
quartiers les plus pauvres de la capitale.
Malgré tous ces soucis, l’abbé Miramont avait cependant le
courage d’écrire en octobre 1907 :
"Mon Dieu, comme je vous remercie de m’avoir inspiré la
pensée de construire à Paris, un sanctuaire en l’honneur de la
Glorieuse Sainte-Anne...J’ai confiance que tout cela tournera à
la gloire de Dieu et au salut des âmes... et qu’ainsi à côté de
la malice des uns se multipliera la ferveur des autres."
En octobre 1910, l’abbé Miramont fêtera son cinquantenaire
sacerdotal. Malgré ses soixante-quinze ans et les difficultés du
temps, son enthousiasme reste aussi vif. A cette occasion il
rappelait :"Au moment de mes noces d’or, notre vénéré Archevêque
me manifestait le désir de me voir achever l’église de
Sainte-Anne. J’avoue que j’étais d’abord peu disposé à
acquiescer à sa demande.., bâtir à mon âge et finir une église
qui avait été confisquée par notre cher gouvernement, peu de
ressources tout cela était bien peu encourageant."
L’église Sainte-Anne, murs et terrain, étant devenue en
1905 propriété de la ville de Paris, les hésitations de l’abbé
Miramont étalent très légitimes; pourquoi investir les
générosités des paroissiens dans un bien qui ne leur appartient
plus ?
Et cependant, il voit dans certains dons, certains
pèlerinages ou entretiens un "ordre" du ciel et entreprend la
décoration intérieure . Il fait feu de tous bois, vendant les
vieux timbres, les papiers chocolats, etc…
ENFIN ACHEVE

Et dans le bulletin de Sainte-Anne du 1er janvier 1911,
l’abbé Miramont annonce enfin la grande nouvelle:
"Que Dieu soit
béni, chers amis de Sainte-Anne ! Son sanctuaire, que nous
gémissions de voir inachevé, va enfin recevoir son complet
couronnement. D’heureuses circonstances et de généreux donateurs
m’ont fourni les moyens de voir avant de mourir cette grande
œuvre achevée."
Une riche paroissienne, Mlle Crochet, était venue le
trouver, en lui disant qu’il était temps de terminer l’église
malgré les difficultés politiques et lui avait offert les
323.000 Frs nécessaires à l’achèvement.
Et fort de ces encouragements, il ouvre aussitôt, une
nouvelle souscription de 30.000 Frs pour les autels du chœur et
de la chapelle de Sainte-Anne.
Les travaux ne commenceront vraiment que le 1er avril 1911,
la crue de la Seine ayant immobilisée les péniches qui
transportent les pierres depuis la carrière de Bérouville en
Normandie. il faut commencer par démolir la sacristie provisoire
et construire les fondations.
Au 1er juillet, les murs du chœur s’élèvent à 15 mètres La
souscription des autels à 4.500 Frs
! A l’occasion de la fête de
Sainte-Anne, la procession extérieure des reliques se fait parmi
les échafaudages.
Au début de 1912, l’abbé Miramont espère bien la fin de la
construction avant les fêtes du triduum de Sainte-Anne et il
s’extasie toujours sur les circonstances extraordinaires qui lui
ont permis de la terminer
"qui ne nous appartiendra pas, mais
dont nous aurons la Jouissance".
Au 1er février, l’extérieur est achevé et il ne reste plus
en attente que la décoration intérieure et les marches du perron
d’entrée de la façade ainsi qu’un bon nettoyage de la crypte qui
est enfin à l’abri de la pluie qui tombait sur les voûtes depuis
quinze ans.
L’église fut bien terminée pour juillet et
"Victoire!
Alléluia!" sa consécration est faite le 24 octobre 1912 par Mgr
Amette.
Il ne faut pas oublier et ils sont nombreux tous ceux qui
ont œuvré à la réalisation de cette église
:
Bobin et Sanoz, les architectes, Marguimaud, le maître
d’œuvre, Levasseur, qui fit les portes, Trocart,
plombier-couvreur, pour l’ensemble du dôme, Ragon, le sculpteur,
Adam, le verrier, Matrat, le serrurier, la Maison Chambrel, de
Paris, pour la conception des autels, réalisés par la Maison
Marché de Niort.
Monsieur Miramont a bien travaillé, il souhaite encore dans
son bulletin de janvier 1913 la nouvelle année à ses paroissiens
et s’éteint à 78 ans le 29 janvier. Ses funérailles solennelles
sont célébrées le 31 dans sa chère église œuvre de toute son
existence.
"Tu peux rappeler Ton serviteur, Seigneur, sa tâche est
achevée"
Une page est tournée, mais rien ne s’arrête. L’abbé
Delétain devient curé de Sainte-Anne; il ne survivra que six
mois à son prédécesseur. il aura le temps de lui édifier un
tombeau et de commencer le projet d’un monument commémoratif en
son honneur.
En octobre 1913, l’abbé Millet succède à l’abbé Delétain.
C’est un grand organisateur et en un an, il éponge les dettes
contractées pour la construction et encore à rembourser.
L’EXPLOSION DU 20
OCTOBRE 1915

Et c’est la guerre. Dès le début les vicaires partent au
front, de trois en 1914, Davout, Massot, Brogniart, ils seront
cinq en 1917. L’un d’entre eux sera blessé, un autre
miraculeusement épargné, l’obus tombé à ses pieds n’explosant
pas; toute la paroisse y verra l’intercession de Sainte-Anne.
Tous seront cités ou décorés de la Croix de Guerre pour leur
attitude et le réconfort qu’ils apportent.
Pendant ce temps l’abbé Millet se lance dans la réfection
de la crypte: création d’un escalier extérieur et remise en état
des murs et de la voûte dont les enduits s’écaillent et pendent
lamentablement (tout ceci pour un montant de 18.000 Frs dont il
ne possède que 40 quand il entreprend les travaux!)
L’Abbé Millet est aussi décoré, Il reçoit une médaille
d’honneur le 27 décembre 1915 pour le courage et le dévouement
dont il a fait preuve lors de la catastrophe de la rue de
Tolbiac. Le mercredi 20 octobre 1915, dans une fabrique de
grenades qui s’était installée à l’emplacement des 164-172 de la
rue de Tolbiac, se produisît une très forte explosion suivie
d’un incendie.
On dénombra 43 tués dont 5 militaires et 93 blessé tous
civils. L’explosion fut tellement violente qu’on retrouva la
montre du directeur Mr. Thomine dans la cour du presbytère, à
près de deux cents mètres de là!
L’abbé Millet et son vicaire, l’abbé de Fauchécour furent
pratiquement les premiers à se rendre sur les lieux, organisant
les secours, soignant les blessés et administrant les mourants.
Les corps des victimes furent déposés dans la salle de cinéma de
la rue Martin Bernard.
Les dégâts dans l’église étaient considérables: vitraux
soufflés, rosace arrachée, voûte d’une chapelle latérale
fissurée. L’on se replia pour les offices dans la crypte et les
brèches de la façade et des fenêtres furent colmatés avec des
sacs de jute. Mais à la demande des autorités les obsèques des
victimes furent célébrées à l’intérieur de l’église, compte tenu
de la foule qui assistait à la cérémonie.
Monsieur Millet fêta ses 25 ans de sacerdoce le 17 décembre
1916, et dans le discours qui fut prononcé on loua son esprit
d’entreprise et d’organisation: comme l’abbé Miramont avait fait
l’église, l’abbé Millet fit la crypte, le calorifère, une école,
etc... Ses paroissiens lui offrirent une somme de 600 Frs, qu’il
transforma en plaques de marbre destinées à recevoir les noms
des soldats de la paroisse morts au champ d’honneur.
Les vicaires sont revenus de la guerre: Sainte-Anne a le
clergé le plus décoré de France; dix citations, deux croix de la
légion d’honneur, trois croix de guerre, etc...
DERNIERS AMENAGEMENTS

Les vitraux brisés ne seront remplacés qu’en juillet 1919
par de simples verres et les chapelles du Sacré-cœur, de Saint
Joachim et de Saint Joseph mises en chantier. Elles seront
bénies le 18 Avril 1920 par Mgr Jouin qui remplaça l’évêque
auxiliaire Roland-Gosselin. Les bas-reliefs des chapelles sont
l’œuvre de Déchin.
Cette même année vit le début des "clercs de Sainte-Anne"
qui rehaussèrent les cérémonies, en particulier lors de la
visite de Mgr Roland- Gosselin venu honoré le 13ème en visitant
Sainte-Anne et sa crypte, l’hôpital-école de la Croix-Rouge, la
Mie de Pain de Mr Paulin Enfer, l’œuvre des Sœurs de Saint-Vincent de
Paul et les divers patronages de la paroisse.
Les embellissements et aménagements intérieurs continuent
:
en 1927, la sonnerie électrique des cloches et surtout le très
beau chemin de croix, œuvre du sculpteur Minnazoil.
L’année suivante Sainte-Anne recevra enfin son grand orgue:
35 jeux sur 3 claviers de 56 notes et un pédalier de 32 notes,
avec 4 combinaisons, il sera béni le 3 juin 1928 par le cardinal
Dubois et Monsieur Dynam-Victor Fumet en deviendra le premier
titulaire.
LES VITRAUX, SYMBOLE
DE VIE

Mais c’est Charles-Marie Massot, ancien vicaire devenu curé
en décembre 1934 à la mort de Mr. Millet qui réalisera le rêve
de son prédécesseur, donner des vitraux dignes d’elle à
Sainte-Anne. La tradition orale assure que les deux frères
Massot payèrent les vitraux sur leur héritage. La réalisation
est l’œuvre du verrier Mauméjean (auteur de la verrière de
Saint-Pierre de Chaillot).
Les vitraux sont très puissamment colorés. Derrière l’autel
du Saint-Sacrement, de bas en haut et de gauche à droite, sont
décrits dans une dominante de bleu les mystères du Rosaire. La
partie supérieure de la lancette médiane a été exposée à
l’Exposition Universelle de 1937.
Dans la chapelle de Sainte-Anne, ils représentent
: à
gauche, les épreuves de Sainte Anne et la naissance de Marie; au
centre, Joachim offrant des agneaux et l’éducation de Marie; à
droite, la découverte des reliques de Sainte-Anne devant
Charlemagne en 792; l’apparition de la sainte au paysan breton
Yves Nicolazic en pays d’Auray et Anne d’Autriche offrant la
construction du Val de Grâce en remerciement de la naissance de
Louis XIV.
Dans la chapelle de la Sainte Vierge, les apparitions de
Marie en France (Médaille miraculeuse, La Salette, Lourdes,
Pontmain, Notre-Dame des Victoires) et quelques scènes de
l’Evangile : présentation de l’enfant au Temple, fuite en Egypte,
la Cène et la Crucifixion (aux quatre coins de la verrière). La
consécration de la France à la Vierge par le roi Louis XIII.
Ils seront bénis le 3 avril 1938 par son éminence le
cardinal Verdier.
La décoration intérieure est également complétée, faîte
toute entière de mosaïques, elle est aussi l’œuvre de Mauméjean
et d’une remarquable originalité; c’est un des plus bel ensemble
murai exécuté dans l’entre-deux guerres pour un édifice
religieux, composition faite de formes simplifiées avec de
grandes oppositions de teintes.
Si les mosaïques du fond du chœur sont dédiées au
Sacré-Cœur de Jésus (Jésus présenté aux enfants - Jésus et les
Apôtres), celles du transept le sont toutes à la gloire de
Marie. Dans la chapelle de droite bien éclairée au levant, le
"très saint et immaculé cœur de Marie"; des anges exaltent les
qualités de Marie au milieu de ses sanctuaires, N.D. de Paris,
Lourdes, Chartres et Lorette. La décoration de la chapelle de
gauche, à voir au couchant, évoque Marie, honorée à Auray
(calvaire breton et pèlerinage).
L’autel définitif, le tabernacle et la table de communion
sont de 1941, également en mosaïques.
Et le 26 juillet 1942, fête de Sainte-Anne, l’abbé
Miramont, le bâtisseur, reçoit sa sépulture définitive dans un
tombeau de marbre placé dans la chapelle de Sainte-Anne.
Et le sanctuaire évoluera encore jusqu’à celui que nous
connaissons. Sainte-Anne continue encore et sa paroisse est
toujours bien vivante!
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